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Corps en Immersion

Une actualité dans les arts et les sciences à travers les corps pluriels.

Articles avec #appel a communications catégorie

L’avenir – critique, résistance, utopie –

Publié le 13 Mai 2020 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications

L’avenir  – critique, résistance, utopie –

L’avenir
– critique, résistance, utopie –

Colloque interdisciplinaire d’anthropologie prospective
organisé par l’UDESCA

24-25 mars 2021 – Paris ICP

 

Appel à communication

Régulièrement l’avenir a été un objet d’espérance, a marqué un horizon d’attente, a fasciné les hommes et les femmes. « De quelles nouvelles inventions, créations, explorations l’aventure humaine sera-t-elle capable ? », « Quelles merveilles et quels prodiges nous réserve l’avenir ? » pouvaient être certaines des interrogations de ces derniers siècles.

Effectivement, l’avenir nous a impressionné ! La Terre n’était plus le centre de l’univers ; nous avons créé la machine à vapeur à l’origine de la révolution industrielle qui changea la face du monde ; la théorie quantique a bouleversé notre façon de penser ; les antibiotiques nous ont permis de traverser des morts qui autrefois auraient été certaines ; nous avons marché sur la lune ; en quelques années nous sommes devenus joignables où que nous soyons sur le globe chacun disposant, grâce à Internet, de la quasi-totalité des savoirs mondiaux dans sa poche.

Mais l’avenir a aussi charrié avec lui son lot de surprises et de stupeurs. Au début du xxe siècle, alors que la révolution industrielle battait son plein, encouragée en ce sens par Descartes nous exhortant à devenir « maîtres et possesseurs de la nature », éclate une première guerre, qui, mondialisation économique aidant, devint mondiale. Puis ce fut le tour d’une deuxième qui conduisit, accompagnée par la puissance de nos artefacts produits de mains humaines, non pas 18 mais 60 millions de morts, avec les camps d’extermination et Hiroshima. En dépit de ses « accidents » de parcours, la modernité restait caractérisée par la convergence entre le progrès technique et le progrès social.

Aujourd’hui, qu’en est-il de l’avenir ? Nous pouvons identifier trois hypothèses:

  1. Depuis notre entrée en postmodernité, il y a de cela quelques décennies, avec la fin des trente glorieuses et l’identification de la chute des grands récits, les temporalités sont fondamentalement bousculées. Progrès technique et progrès social sont désormais dissociés. La temporalité linéaire du progrès caractérisée par le fait que demain sera meilleur qu’aujourd’hui qui est meilleur qu’hier est rompue. Plus encore, l’entrée dans l’anthropocène, cette nouvelle période géologique marquée par une modification durable des conditions d’habitabilité de la Terre, signifie que la pérennité de l’aventure humaine est désormais compromise. L’avenir est en train de disparaître – qu’il soit porteur de merveilles comme de sidérations. Ces derniers mois, le succès planétaire des propos de la lycéenne suédoise Greta Thunberg auprès des jeunes l’atteste : « Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus ? ». L’avenir a disparu. C’est là la première hypothèse.
  2. Une voix dissonante, principalement émise depuis la Californie, retentit de temps à autre : l’avenir existe. L’avenir sera great ou bigger than ever nous disent en chœur Mark Zuckerberg, co-fondateur et PDG de Facebook, Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de Google, Jeff Bezos, fondateur et PDG Amazon, ou encore Elon Musk, fondateur d’un ensemble d’entreprises comme SpaceX, Tesla ou Neuralink. Nos esprits sont en cours d’écranisation. Aucune limite ne peut être infranchissable pour le génie humain, qu’elle soit planétaire, corporelle ou cognitive – certes sur fond de guerre économique de plus en plus violente… Nous allons bientôt pouvoir fusionner avec la machine et démultiplier ainsi notre puissance. Une hubris techno-économique prend en charge la question de l’avenir. C’est là la deuxième hypothèse.
  3. Nous avons besoin de l’avenir – tout comme le devenir et l’advenir sont nécessaires à notre coexistence terrestre. Mais n’avons-nous pas besoin d’un autre avenir que cet accomplissement de l’individu prométhéen de la modernité réservé aux quelques privilégiés disposant, dans le « mythique garage » des commencements de leur succès planétaire, d’une navette spatiale permettant de regagner Mars ? Comment pouvons-nous accoucher ensemble de l’avenir dans les temps de l’anthropocène et des perspectives transhumanistes ? N’avons-nous pas, fondamentalement, besoin de muter ? Comment permettre à un « entre nous » convivialiste et post-prométhéen de faire face à cette hubris destructrice (l’adjectif post-prométhéen étant ici entendu comme le renoncement à la transgression de toute limite et à cette recherche démiurgique de puissance) ? Et si l’avenir pouvait être le fruit de la critique, de la résistance et de l’utopie ? Il s’agit là de la troisième hypothèse, celle qui nous mobilise et qui sera mise au travail au cours de ce colloque. Une espérance intellectuellement honnête quant à l’avenir nous semble possible. Cette espérance peut prendre la forme d’une promesse.

 

Notre hypothèse est que pour donner ses chances à l’avenir et permettre l’avènement d’une mutation anthropologique, la réactivation et l’articulation de trois fonctions essentielles sont nécessaires : la critique, l’utopie et la résistance. La fonction critique, tout d’abord, renvoie à la nécessité de comprendre et de rectifier certaines des erreurs de la modernité. La fonction utopiste, ensuite, où il importe de nous donner les moyens de continuer d’espérer, et de croire en un avenir possible. Mais les fonctions de critique et d’utopie courent le risque d’être stériles si elles ne sont pas articulées avec une fonction de résistance caractérisée par son ancrage dans le réel et la poursuite de combats ici et maintenant. Il importe de tenir dans l’opposition (résistance) à partir de ce qui est identifié comme problématique (critique) pour que l’avenir espéré puisse advenir (utopie). N'avons-nous pas vu, grâce à cette articulation de résistance, de critique et d’utopie, l’avènement du projet européen ou celui du projet onusien – qui, certes, ont encore besoin de progresser ?

Nous souhaitons approfondir en quoi et comment critique, utopie et résistance ne sauraient faire l’économie d’un fondement dans une connaissance « vraie » de l’humain. Toujours en recherche, celle-ci se doit de mobiliser le plus large spectre des savoirs, selon l’universalité non seulement des sciences de la nature et des sciences humaines, mais aussi des sciences philosophiques et théologiques. Il nous semble à cet égard de première urgence de ne pas sacrifier à une représentation ambiante à la culture, que E. Husserl caractérisait comme le « naturalisme ». En elle tout savoir valide de l’humain se voit assigné à la seule interprétation qu’en donne les sciences dures. Il y va d’un processus aveugle, qui détermine le savoir dans le sens de l’efficience technique, au service de stratégies technocratiques et in fine au profit des puissances de l'argent. Sous couvert de la plus haute rationalité, ne voyons-nous pas se diffuser un puissant irrationnel, qui ne fait qu’alimenter le projet cartésien d’une maîtrise totale sur la nature, illusion si tenace que le péril toujours plus crédible d’une crise écologique majeure ne semble pas pouvoir la déjouer. En cultivant le sens socratique des formes et limites des savoirs, il s’agit de rendre sa consistance d’être tant à la vie naturelle qu’au vivre humain dans son énigmaticité radicale.

 

Appel à contribution

Nous accueillerons des contributions selon une approche pluridisciplinaire : sociologie, anthropologie, éducation, éthique, psychologie, théologie, environnement, philosophie… Celles-ci devront mettre au travail des questions anthropologiques dans une perspective prospective.

Il n’y a pas besoin d’être anthropologue de formation pour penser le devenir humain dans la période contemporaine ! Voici quelques thématiques pouvant être mises au travail au cours de ces deux journées (cette liste n’est pas exhaustive) : humain et animal ; frontières du vivant et frontières de l’humain ; numérique, intelligence artificielle et aventure humaine ; technique et devenir humain ; l’avenir en anthropocène ; les différents types d’épuisements (burn out, rareté matérielle, déchets…) ; accélération et résonance ; tout type de prospectives… Mais aussi tout type de question vive dans les domaines de la santé, de l’éducation, du droit, de la politique, de l’environnement, de l’éthique…

 

Échéancier 

  • Envoi d’un texte de 2 000 signes d’ici le 20 juin 2020 à Brigitte Cholvy (b.cholvy@icp.fr) et Nathanaël Wallenhorst (nathanael.wallenhorst@uco.fr).
  • Envoi d’un texte de 30 000 signes d’ici le 30 novembre 2020 à Brigitte Cholvy (b.cholvy@icp.fr) et Nathanaël Wallenhorst (nathanael.wallenhorst@uco.fr).

 

Perspectives de publication

Un ouvrage sera publié suite à ce colloque. Les contacts d’éditeurs sont en cours.

 

Comité scientifique UDESCA

Valérie Aubourg, Université Catholique de Lyon (valerie.aubourg@gmail.com)

Brigitte Cholvy, Institut Catholique de Paris (b.cholvy@icp.fr)

David Doat, Université Catholique de Lille (david.doat@univ-catholille.fr)  

Catherine Fino, Institut Catholique de Paris (c.fino@icp.fr)

Pascal Marin, Université Catholique de Lyon (pscl.marin@gmail.com) 

Joel Molinario, Institut Catholique de Paris (j.molinario@icp.fr)

Jean-Marc Moschetta, Institut Catholique de Toulouse (jm.moschetta@gmail.com)

Tanguy-Marie Pouliquen, Institut Catholique de Toulouse (tanguy.marie1@gmail.com)

Alberto Romele, Université Catholique de Lille (romelealberto@gmail.com)

Nathanaël Wallenhorst, Université Catholique de l’Ouest (nathanael.wallenhorst@uco.fr)

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Appel à communication Scénographie & Technologie 2020 (en mode confinement)

Publié le 6 Avril 2020 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications

Appel à communication Scénographie & Technologie 2020 (en mode confinement)

Appel Scénographie & Technologie 2020
« l'art de la mémoire et/ou l'intelligence artificielle »

Il y a 40 ans le scénographe visionnaire Jacques Polieri tissait l'hexagone de ses Jeux de communication par visioconférences, passant du Livre de Mallarmé à l'écran terrestre, juste avant ses « interfaces homme machine » en temps réel entre New-York, Tokyo et la France.


J'initie les 3èmes journées Scénographie & Technologie après la Bibliothèque nationale de France en 2002 pendant la rétrospective Polieri, et du théâtre d'anatomie chez les Grands Voisins en 2017. Elle aura lieu les 1, 2 et 3 mai 2020 à l'heure d’une pandémie planétaire.


Il y a 80 ans cette année, Walter Benjamin écrit en français à Hannah Arendt avant sa disparition : « par gros temps, s'emmitoufler de lectures avant de repartir au combat ». Ce sera un point de départ pour une mise à plat et même à zéro de nos paradigmes actuels.


J'invite depuis Paris pendant 3 jours, 33 intervenant-e-s francophones à prendre la parole pendant 30 minutes vers 64 participant-e-s via la visioconférence depuis chez eux. Ces rencontres seront gratuites sur dons pour les frais de cette 3ème édition 2020.


Toutes les interventions seront retenues, ainsi que les participations dans la limite que nous impose seule la technique de 100 personnes, et en fonction du flux de l'Internet. Merci de m'envoyer 3 lignes de résumé, 2 lignes de biographie, 1 ligne d'un titre avec votre contact et nom, à l'adresse suivante: ancelfranck@gmail.com

 

Franck Ancel
scénographie - psychanalyse - édition

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Appel à Contributions: écrites et artistiques Lapsus Numérique #3 « L’Amour »

Publié le 30 Novembre 2019 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications, appel a communications

Appel à Contributions: écrites et artistiques Lapsus Numérique #3 « L’Amour »

Appel à Contributions écrites et artistiques
Lapsus Numérique #3 « L’Amour »

Argument :

Dans le mouvement qui anime notre collectif, il est un thème qui ne cesse de revenir sur le devant de la discussion : celui de l’amour. En effet, quoi de neuf sur l’amour à l’heure de l’effritement du lien social ? Il semble que, par un clivage ambiant entre l’amour et le sexe, on en arrive à penser un rapport sexuel logique, et régi par l’algorithme qui promet une rencontre amoureuse parfaite. L’illusion ainsi promue sous la forme d’un romantisme moderne qui prend l’aspect d’un catalogue de partenaires laisse le sujet dans une attente suspendue, une inhibition du désir, une consommation de l’autre. À la recherche de l’âme sœur chiffrable et calculable, l’amoureux devenu internaute ou utilisateur d’application de rencontres semble avoir oublié ce qu’il en est d’une rencontre amoureuse qui en passerait par la reconnaissance d’un manque en l’autre, un creux subjectif où pourrait venir se loger son désir.

Ainsi, que cherche-t-il ce Sujet, en faisant glisser à droite, à gauche, les partenaires potentiels ou ceux qu’il refuse sur la base d’une photo ? Du sexe ? De la rencontre ? Qu’attend-il de l’autre, et donc dans quelle posture se met-il lui-même pour le rencontrer ?

Quelle fonction pour l’amour, à l’heure de la rationalité ? L’amour peut-il encore occuper sa fonction de médiateur de la relation entre les sexes ? Comment conserver un rythme dans une relation, entre présence, absence, trop-plein et manque, à l’heure du tout-connecté ? Les réponses à l’énigme du contournement du manque se précisent alors du côté d’un évitement de la rencontre, soit sous la forme d’un renoncement célibataire contemporain, soit sous la forme d’un plaisir sexuel par la machine, une jouissance mécanisée. Les deux propositions témoignent d’une déshumanisation qui (im)pose question.

Et si l’amour ne vient plus occuper sa fonction médiatrice, que reste-t-il? On constate une représentation du sexe de plus en plus violente, de même qu’un collage identitaire, qu’il soit sur le terrain du genre ou sur celui de l’orientation sexuelle. Ainsi, après avoir forclos la tendresse et prescrit le fantasme, quelle place pouvons-nous encore accorder au malentendu ?

Consignes formelles :

Lapsus Numérique est une revue qui se veut affranchie des codes universitaires et académiques, tout en conservant une exigence intellectuelle rigoureuse et en s’adressant à un public large. Ainsi, afin de tordre les normes, voici notre proposition :

  • Votre article sera d’une longueur comprise entre 5000 et 9000 signes, espaces compris.
  • Nous vous invitons, si le propos de votre article s’y prête, à faire un chapô, un petit paragraphe de quatre ou cinq phrases annonçant votre thème, et attrapant la curiosité du lecteur.
  • Les références bibliographiques seront inscrites entre parenthèses à la suite d’une citation ou d’une évocation précise d’un texte. Exemple : (Freud, L’interprétation des Rêves, 1902). L’usage des notes de bas de page sera réservé à un ajout de contenu difficilement intégrable dans le texte lui-même. Il se voudra limité.
  • Nous vous encourageons vivement à proposer une bibliographie de quelques ouvrages en fin d’article, pour inviter le lecteur à approfondir la réflexion que vous ouvrez.
  • Enfin, nous vous invitons à mettre en exergue une phrase ou deux de votre article, à l’aide d’une police grasse par exemple. Ces phrases seront mises en valeur dans la construction graphique de votre article. Les contributions artistiques seront envoyées sous la forme qui convient à l’artiste.
  • Toutes les contributions devront être envoyées avant le 31 décembre 2019 à l’adresse : lapsusnumerique@gmail.com
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Colloque L’Art et les Cartographies Sensibles

Publié le 15 Octobre 2019 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications, appel a communications, appel à participation, appel à projets

Colloque L’Art et les Cartographies Sensibles

L’Art et les Cartographies sensibles : la question des interfaces dans les réalités mixtes

« Nous sommes là où nous avons toujours été. Mais pour une certaine raison - une parmi plusieurs possibles - la réalité a reculé, elle a perdu son support, son assise et elle a reflué vers des formes antérieures. »  Philip K Dick, Ubik, 1966-70, p.205 

Annonce  : Colloque et exposition

L’Art et les Cartographies sensibles : la question des interfaces dans les réalités mixtesles 11 et 12 mai 2020, Centre de Congrès Le Manège, Chambéry se déroulera  conjointement avec une exposition d’oeuvres choisies sur cette thématique, dans divers lieux de la ville, et en parallèle à une participation à la Nuit Européenne des Musées 2020 (le 16 mai) du département Communication Hypermédia, Masters Création Numérique et MIP ArTeC Paris8.

Argumentaire :
A l’instar de la photographie, le cinématographe ou la vidéo, les casques de réalité virtuelle et les téléphones portables transforment nos pratiques courantes autant que la manière de percevoir le monde. Leurs couplages désormais possibles avec l’ordinateur et internet accélèrent les démultiplications de nouveaux espaces à expérimenter, imaginables en temps réel et modulables. L’hybridation spatio-temporelle, annoncée en 1998 par Edmond Couchot au tout début de l’émergence de cet art nommé étrangement technologique (comme si il se réduisait à une question de technicité et de médium) semble fonder les spécificités des relations espaces-temps résolument nouvelles que proposent les dispositifs connectés. 
Les expérimentations et innovations actuelles ont l’intérêt primordial d’être présents dans tous les domaines de la société permettant d’acquérir des quantités impressionnantes de données, de manipuler des informations instantanément, une manière de s’emparer du monde à 360°, d’agir au coeur de la matière et de voyager dans des univers jusqu’alors inaccessibles et inconcevables. 

Dans le même temps, nous nous heurtons à plusieurs phénomènes : le premier est d’abord une non appropriation de ces technologies XR (extended realities XR ou extented reality désigne l’ensemble des environnements combinant le virtuel, le numérique et le matériel généré par des technologies) par les usagers, dont le manque d’intérêt provient du fait de cantonner les fonctions et buts de ces casques immersifs aux jeux vidéos, auréolés en plus, d’une croyance liée à la complexité de la technique. Le deuxième est ce stockage massif de données (comme les débuts de la photographie ou du CD-Rom) dont nous produisons plus facilement des répertoires quantitatifs voire des éléments de surveillance, sans parvenir à scénariser et rendre accessible ces matériaux qualitativement. 
Et puis, comme l’écrit très justement Jean Baudrillard, « la simulation part à l’inverse de l’utopie du principe d’équivalence, part de la négation radicale du signe comme valeur, part du signe comme réversion et mise à mort de toute référence. » (Baudrillard, 1981) 
Par peur d’un éloignement et bouleversement de nos référents, la réalité virtuelle semble se cantonner justement à hypertrophier nos repères habituels, une hyperréalité pour ne pas nous perdre. Les modélisations se piègent dans les affres de la ressemblance, réduisant les potentiels à un décalquage hyperréaliste du monde. Les espaces proposés renforcent les représentations et « le réel est déjà mort mais ressuscité d’avance. » (Baudrillard, 1981)

Si les réalités mixtes se destinent principalement aujourd’hui à des usages marketing pour animer nos expériences individuelles et spectaculaires dans les lieux de loisirs ou des magasins, alimentant ainsi la smart surveillance, elles permettent également de réinventer nos habitudes spatiales et corporelles par d’étonnantes et inédites expériences ; 
Justement, elles nous intéressent ici dans leurs spécificités spatiales, de leur définition première en 1994, d’être « n'importe quel endroit se situant entre les extrêmes du continuum de virtualité » (Milgram, Kishino, 1994). Comme le précise J.-F. Lucas, « Il y aurait donc, entre l'environnement réel d'un côté et l'environnement virtuel de l'autre, un continuum d'états intermédiaires que ces auteurs englobent sous le terme de réalité mixte. Contrairement aux autres définitions, la réalité mixte ne fait pas référence à un état spécifique ou même à un dispositif précis, mais à un ensemble de possibles.» (Lucas, 2012) 
Cet ensemble de possibles qualifie autant l’expérience individuelle que l’hybridation de zones hétérogènes dans un continuum sans fin. Cette dilatation d’espaces-temps ouvre la scission propre à Didi-Huberman où écrit-il agissent les figurabilités, « nous comprenons que le défaut, la déchirure, fonctionne dans le rêve comme le moteur même de quelque chose qui serait entre le désir et la contrainte - le désir contraignant de figurer. Figurer malgré tout donc forcer, donc déchirer. Et, dans ce mouvement contraignant, la déchirure ouvre la figure, à tous les sens que pourra prendre ce verbe. Elle devient comme le principe et l’énergie même - suscités par l’effet de déchirure, à savoir l’absence - du travail de figurabilité. » (Didi-Huberman, 1990).

Nous interrogerons avec les réalités mixtes, cet entre-espace dans leurs possibilités de rendre visible les fonctionnements des dispositifs, dont la cartographie n’est paradoxalement plus la représentation d’un territoire mais bien le résultat d’une expérience vécue au sein du dispositif. 

Ce que Marc Veyrat nomme eSPACE à la fois lieu hybride et nouveau territoire, un entre-espace constitué d’une infinité d’espaces à réalités mixtes. La particularité de l’eSPACE (au delà de son écriture même qui propose bien un point de scission dans des emboitements) demeure les stratifications, parce que « la réalité mixte forme un composite spatial fait de l’hybridation d’un espace physique et numérique. L’espace de la réalité mixte n’est pas l’addition d’un espace physique et d’un espace digital, mais le vortex qui nait des flux interactionnels générés par les rencontres entre individus. » (Lucas, 2012).

En agissant dans le dispositif, les révélations spatio-temporelles, seraient un mélange possible justement entre l’espace comme région d’intimité (du dedans) et les espaces d’hostilités, pour reprendre Gaston Bachelard. L’entre-deux proposerait une appartenance affective aux deux en investissant le sujet. Michel Foucault l’analyse comme espace extérieur et localisable (du dehors) qui ne s’oppose pas mais neutralise les hétérotopies : « Nous sommes à un moment où le monde s’éprouve, je crois, moins comme une grande vie qui se développerait à travers le temps que comme un réseau qui relie des points et qui entrecroise son écheveau ». (Foucault, 1967)
Ces espaces relationnels seraient ainsi uniquement visibles et expérimentables dans un contexte particulier à réalités mixtes, dont l’oeuvre dévoilerait le fonctionnement et les mises en liens sous forme de cartographies particulières, que nous nommons sensibles parce qu’« il existe pourtant une conjonction de paramètres sociaux, esthétiques, neuroscientifiques et anthropologiques, qui laisse espérer, au contraire, que l’expérience sensorielle au travers des casques de réalité virtuelle sera à même de bouleverser [...] la hiérarchie des sens telle qu’elle prédomine dans les civilisations occidentales » (Tsaï, 2016). 

C’est justement sur ces modalités de création et utilisation de données ainsi que sur des propositions scénarisées de mises en relations inédites, que nous souhaitons interroger des espaces et lieux hétérotopiques (des lieux dont le but est de faire communiquer des espaces) et hétérochroniques comme certains espaces publics, des musées, des sites patrimoniaux et ici à Chambéry le Musée (jardin et maison) des Charmettes. Désormais intouchables, certains sites ou espaces publics semblent figés, garant et témoin de leurs histoires (dans tous les sens du terme). Ainsi, les réalités mixtes permettent-elles de questionner, détourner, ouvrir ces lieux protégés, marqués entre temps et espaces. 
Parce qu’aujourd’hui si les expériences à réalités mixtes sont proposées par des musées (les japonais TeamLab ou l’immensité des peintures de Vincent Van Gogh au Grand Hall de la Villette à Paris, The Rain Room au County Museum of Art de Los Angeles, l’Infinity Mirror Room de Yayoi Kusama au Victoria Miro Museum de Londres pour ne citer qu’eux, elles demeurent spectaculaires et plus proches de productions de loisirs que de démarche artistique. En effet, “il ne s’agit pas nécessairement de nous proposer une « image » du monde telle que l’artiste le verrait—mieux ou de manière plus sensible—, mais de nous donner peut-être l’occasion effective d’expérimenter cette « vision » du monde qui nous entoure.” (Beaufort, 2007)

Questions
Comment interroger les potentiels d’extension et de mises en application d’expériences de dispositifs hybrides à partir de l’art ? Activant, à elles seules, des cartographies impossibles à obtenir autrement, comment des œuvres dévoilent de nouvelles perceptions de ces lieux et comment rejouent-elles les rôles des interfaces. Nous défendrons l’hybridation d’espaces-temps visibles sous forme de cartographies sensibles, voire sensorielles non pas comme représentations mathématiques ou quantitatives des mouvements et vagabondages lors de l’expérience, mais au contraire à travers  la possibilité de rendre visible des liens, des contenus, des systèmes, des espaces, des données, des formes, l’Autre… créés lors de ces expériences. 

“Nous avons besoin d’une métrique topologique qui envisage une substance sociale du monde dont la trame de base soit capable d’enregistrer les transformations des rapports entre les acteurs. L’expérimentation vise donc à restituer cartographiquement une spatialité sociétale, c’est-à-dire un monde non plus constitué par la terre, les mers, les continents, les États..., mais par des êtres humains, par des collectivités, qui métamorphosent les éléments d’immanence en espace habité”. (Sloterdijk, 2005)

Alors, ces cartographies ne seront plus désormais la représentation d’un monde mais la révélation d’un fonctionnement, révélant aux usagers en temps réel une tout autre manière de concevoir, anticiper, élaborer ces espaces avec de toutes nouvelles capacités d’appréhension. 

Ainsi, nous souhaiterions aborder ces cartographies sensibles et les rôles des interfaces par 3 axes : comment rendre compte d’une expérience entre lieu physique et dispositifs à réalités mixtes par :
valorisation et proposition de nouveaux usages et potentiels des réalités mixtes face à des organisation spatiales et lieux architecturaux difficilement exploitables car protégés, invisibilisés ou au contraire hypermédiatisés
importance des scénarisations des données et des rôles de la fiction dans les dispositifs à réalités mixtes
nécessité de prendre en compte nos corps en présence et nos réactions émotionnelles où les spectateur.trice.s repensent et accèdent à la compréhension de leur environnement en temps réel en le construisant : d’abord par la modélisation virtuelle d’espaces élaborés à partir de leurs déplacements (du portable à la motion capture en passant par l’hologramme par exemple), ensuite par l’appropriabilité et l’enrichissement des contenus dont seuls des univers virtuels et des technologies inventives donneraient accès. 


Ce colloque est ouvert à toutes les disciplines qui interrogent ces problématiques à partir de l’art.


Modalités de soumission :
à envoyer aux organisateur.trices

Colloque : 
- un résumé de 300 à 400 signes espaces compris, avec notice de l’auteur.e et bibliographie
avant le 15 novembre 2019, 12h, retour le 31 novembre 2019
- la version définitive pour publication avec images et droits à l’image, pour le 2 janvier 2020.

Exposition : 
- une présentation de l’oeuvre et des besoins matériels et de mises en espaces, avec frais déplacements, perdiem, logement , ainsi qu’une notice de l’auteur.e et CV ; l’oeuvre doit être déjà réalisée. 
avant le  15 novembre 2019, 12h, retour le 31 novembre 2019
- un texte explicatif définitif pour publication avec images et droits à l’image, pour le 2 janvier 2020.

Organisation :
Carole Brandon, carole.brandon@univ-smb.fr 
Marc Veyrat, marc.veyrat@univ-smb.fr 

Comité scientifique : 
Carole Brandon (Université Savoie Mont-Blanc)
Marc Veyrat (Université Savoie Mont-Blanc)
Ghislaine Chabert (Université Savoie Mont-Blanc)
Jacques Ibanez-Bueno (Université Savoie Mont-Blanc)
Khaldoun Zreik (Université Paris 8)
Roberto Barbanti (Université Paris 8)
Ghislaine Azémard (Chaire UNESCO / ITEN)
Patrizia Laudati (Université Les Hauts de France Valenciennes)
Pedro Andrade (Universidade do Minho Braga)
Philippe Fuchs (École des Mines Paris)
Vincent Ciciliato (Université Jean Monnet Saint-Étienne)
Michela Sacchetto (École Supérieure d’Art le 75 Bruxelles)
Caroline Bongard (Musées de Chambéry)
Laurent Roudil (Cabinet d’Architecture Remind)

Partenaires :
Université Savoie Mont-Blanc
Laboratoire LLSETI
Musées de Chambéry
Ville de Chambéry
École Supérieure d’Art Le Septante Cinq Bruxelles
Université Paris 8 
Laboratoire Paragraphe 
Laboratoire Arts des Images et Art Contemporain (AIAC / TEAMeD)
ArTeC
FMSH Paris
Chaire UNESCO / ITEN
Entreprise 89/92
PixelPirate
Société i Matériel
FormaSup Pays de Savoie
LUDyLAB
Kitchen XR
Ferme de Chozal
Espace Larith
FabLab Le Prototype
Cabinet d’Architecture Remind
Université Jean Monnet Saint Etienne
Laboratoire CIEREC
Université Les Hauts de France
Laboratoire DeVisu
Universidade do Minho
Centro de Estudos de Comunicação e Sociedade (CECS) 

Bibliographie:
Andrieu, B., et Thomas C. (dir.), (2017), Entre les corps. Les pratiques émersiologiques aujourd’hui (cirque, marionnettes, performance et arts immersifs), Actes du colloque des 7 et 8 octobre 2016 au Centre national des arts du cirque, Paris, l’Harmattan, collection Mouvement des savoirs.
Arnaldi, B., Guitton, P., Moreau, G. (dir.), ( 2018), Réalité Virtuelle Et Réalité Augmentée - Mythes et Réalités, ISTN
Baudrillard, J. (1981), Simulacres et Simulation, Galilée.
Beaufort,C. (2007),  espaces transfigurés, in Revue d’esthétique Figures de l’Art, n° 13, Pau, PPPA, pp.219-237.
Bourassa,R., Poissant,L., (2013), Personnage virtuel et corps performatif : Effets de présence, Presses de l’Université du Québec.
Brandon, C., la notion de “Moucharabieh” en arts numériques in 100 notions pour l’art numérique (coordination de la collection 100 notions Ghislaine Azémard, coordination de l’ouvrage Marc Veyrat)
Brandon, C., (2016) l’espace flottant, in L’entre [corps/machine] : La Princesse et son Mac, https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02111485/
Buci-Glucksmann, C. ( 1999), L’Art à l’époque du virtuel, L’Harmattan.
Casilli, A., (2010), Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ?, Seuil, collection La couleur des idées.
Cauquelin, A., (2013), le Site et le Paysage, PUF.                         
Chabert, G., (2012), Les espaces de l’écran, in Lancien, T. (dir.), Ecrans et Médias, MEI (Médiation et Information), n°34.    
Couchot, E. (1998), La technologie dans l'art : de la photographie à la réalité virtuelle, J.Chambon.
Didi-Huberman, G. (1981), Devant L’image, Editions de Minuit, p.186.
Frémont, A., (2009 (1980)), La Région, espace vécu : l’entre-lieu qui fait lien, travaux de l’institut de géographie de Reims, N°41-42, in Reynaud, A. (dir.), Analyse régionale. Réflexions critiques, concepts, techniques, études de cas. 
Flichy, P. ( 2001), L’imaginaire d’internet, La Découverte.
Foucault, M. (1967, (1994), Des espaces autres : conférence prononcée à Paris en 1967 intitulée Les espaces autres, qui figure parmi les textes publiés dans le recueil Dits et Ecrits (tome IV, p. 752-762).
Fuchs, P, (2018), Théorie de la réalité virtuelle -Les véritables usages, Presses des Mines.
Fuchs, P, (2017), Les casques de Réalité Virtuelle et de jeux vidéo, Presses des Mines.
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Appel à communications – Journée d’étude > 11 dé

Publié le 14 Décembre 2018 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications

Appel à communications – Journée d’étude > 11 dé

Appel à communications – Journée d’étude << Performances : en/jeux >>
Journée d’étude organisée par les étudiant.e.s de la Maîtrise en communication –

Concentration jeux vidéo et ludification (UQAM)

 

 « Performance : en/jeux »
31 mai 2019, Université du Québec à Montréal

 

Diffusion de vidéos en direct ou en différé (e-sports, let’s play, speedruns, etc.), créations de joueurs (chiptunes, fan art, fan fiction, etc.) et prolongement du jeu (design de niveaux, mods, skins, etc.) : autant de phénomènes en lien avec la pratique ludique qui peuvent être catégorisés comme détournements ou recontextualisation (Barnabé, 2017). Les plateformes qui ont popularisé ces détournements (Youtube, Twitch, Fanfiction.net, etc.) s’inscrivent dans une redéfinition des modes de création, de diffusion et de consommation de contenu ainsi que de l’application des lois de propriété intellectuelle. Ce renouveau permet aux joueurs les utilisant de démontrer leurs talents et de se mettre en valeur, voire en spectacle. Or, ces plateformes ne sont pas que des outils pour les diffuseurs, car elles reformulent aussi le rôle du public. En effet, les spectateurs ont une influence plus grande que jamais sur la performance du joueur, entre autres grâce au clavardage en direct, aux contributions monétaires, à la publicisation des chaînes, aux critiques et recommandations, etc. Dès lors, cette mise en scène de la pratique ludique tout comme cet aspect spectatoriel du jeu remettent en question l’expérience de l’usager telle qu’elle a été définie jusqu’à tout récemment.

Si ces spectacles prennent différentes formes, du sketch au tournoi, en passant par l’hommage, l’humour, le défi ou la création artistique, tous témoignent d’un certain type de « performance ». Qu’elle soit « le résultat chiffré obtenu dans une compétition » ou un « courant artistique consistant à présenter l’œuvre en cours de réalisation » (Le Robert), la performance se présente comme une double articulation entre l’effort fourni par le joueur et la prestation devant un public, quel qu’en soit la taille. Plus précisément, trois types de performance propre au jeu peuvent être présentés.

D’abord, la performance « théâtrale » rappelle ce qui définit le jeu de rôle, soit l’incarnation d’une persona par le joueur (Mackay, 2001). Dans le contexte vidéoludique, le jeu de rôle s’est disséminé à d’autres formes, comme celle du machinima, ou bien est devenu une prouesse spectaculaire (comme avec Dance Dance Revolution (Konami, 1998)). Depuis, la performance théâtrale du jeu s’est réapproprié le média et s’est transformée en un spectacle mettant notamment en vedette des joueurs commandités, des influenceurs, des humoristes et des éditorialistes, sources de divertissement et de nouvelles sur le jeu.

De son côté, la performance « compétitive » englobe tout jeu présentant divers types d’affrontements lors de séances diffusées à un public. La performance optimisée en jeu se retrouve, d’abord, dans de multiples formes de superplay qui placent les joueurs en compétition contre la machine dans des défis dont les règles sont préétablies par la communauté de fans. Ce type de performance relève aussi de l’univers du sport électronique qui constitue désormais une catégorie sportive en soi, par son design (Bonemark, 2013) et l’état psychologique particulier de ses joueurs et ses spectateurs (Lee, 2014). Grâce à sa nature motrice, réglementée, compétitive, mais aussi par la reconnaissance de la communauté des joueurs et fans, le jeu devient un sport où les exploits et les hauts faits animent une foule présente en ligne ou réunie dans des stades. Même les grandes compagnies gravitant autour du sport professionnel reconnaissent désormais la valeur marchande et spectatorielle de ces performances compétitives (par exemple, Nike nomme Jian Zihao comme premier ambassadeur esport en octobre 2018).

Enfin, la performance « artistique » du jeu se perçoit sur différents plans, souvent déterminée par la réutilisation d’éléments de jeux qui font appel à une forme de nostalgie chez le joueur devenu spectateur (Whalen, 2004; Webber, 2018). Nous pensons ici, par exemple, à la diffusion de musique de jeu à la radio et aux concerts classiques de musique de jeux vidéo. Outre la musique, l’esthétique de jeu vidéo est enseignée dans de nombreuses écoles, tout comme les performances visuelles générées par des joueurs se retrouvent de plus en plus présentées dans les festivals, sur le web, etc. Des travaux de recherche-création se cadrent aussi régulièrement dans l’étude du jeu afin de puiser dans cet univers inspiration et référents artistiques. Même l’orchestration de « game jams » et ses résultats sont maintenant reconnus et analysés comme œuvre en soi (Locke, 2015).

Suite à cette brève mise en contexte, le comité d’organisation de cette journée d’étude vous invite à soumettre une proposition en lien avec la problématique ou les thèmes suivants, énoncés à titre indicatif et sans être exhaustifs :

La performance aux frontières entre de l’art, du jeu et du travail;
Le rapport entre la performance du joueur et la technique;
La négociation du joueur entre la commandite et les relations avec le public;
Les dynamiques entre les spectateurs et la compétition entre joueurs;
Les choix encadrant la présentation de soi faite par le joueur/performeur;
La pensée réflexive lors de la planification d’événements de performance du jeu;
Les effets de l’esthétisme (design, musical ou visuel) sur le joueur;
Les limites des plateformes de diffusion de contenu vidéoludique;
L’avenir de la performance du jeu et sa possible automatisation;
Etc.


CONFÉRENCIER INVITÉ

Thibault Philippette, Ph.D
Université de Liège (Belgique)
Laboratoire Jeux et mondes virtuels

CALENDRIER

5 février 2019 : date limite de réception des propositions de communication (environ 500 mots)

Fin février 2019 : notification aux auteur-e-s suite à une évaluation à l’aveugle

31 mai 2019 : journée d’étude à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Veuillez envoyer vos propositions à l’adresse suivante: bonneau.jonathan@uqam.ca

 

RÉFÉRENCES

Barnabé, F. (2017). Rhétorique du détournement vidéoludique. Le cas de Pokémon. (Thèse de doctorat). Université de Liège.

Bonemark, O. (2013). Success factors for e-sport games. Conférence en science informatique. Université d’Uméä.

Locke, R., Parker, L., Galloway, D. et Sloan, R.J.S. (2015). The game jam movement: disruption, performance and artwork. Pacific Grove: FDG.

Mackay, D. (2001). The Fantasy Role-Playing Game: A New Performing Art, Jefferson: MacFarland and Company

Lee, S.W., An, J.W. et Lee, J.Y. (2015) The Relationship between e-Sports Viewing Motives and Satisfaction: The Case of League of Legends. Seoul: Journal of Korea Game Society.

Whalen, Z. (2004). Play Along: An Approach to Videogame Music. Dans International journal of computer game research. http://www.gamestudies.org/0401/whalen/

Webber, J.E. (2018). How video game music waltzed its way on to Classic FM. Dans The Guardian. https://www.theguardian.com/games/2018/sep/03/how-video-game-music-waltzed-its-way-on-to-classic-fm-soundtrack-awards

 

COMITÉ ORGANISATEUR

Maude Bonenfant

Jonathan Bonneau

Alexane Couturier

Patrick Deslauriers

Pier-Luc Gauthier

Leila Haddad

Geoffrey Santacreu

Mathilde Savoie

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FIGURES DU POST-HUMAIN. LITTÉRATURE, CINÉMA, BD.

Publié le 6 Novembre 2018 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications

FIGURES DU POST-HUMAIN. LITTÉRATURE, CINÉMA, BD.

Colloque International
Centre d’Études en Humanités de l’Université du Minho (CEHUM)
13-14 juin 2019 auditorium ILCH

Dans Nous, animaux et humains, Tristan Garcia soutient que la conception de l’humain impliquée dans l’humanisme moderne subit actuellement une crise profonde où se croisent deux tendances opposées. D’une part, une tendance interne qui morcelle le « nous » humain en de multiples « nous » communautaires (ethnies, religions, genres, etc) ; d’autre part, une tendance extensive qui élargit le cercle du « nous » à d’autres espèces animales, voire à la totalité du vivant. Une troisième tendance existe, celle qui concerne le triomphe de la technologie. La connexion du « nous » avec ses constants et (d’aucuns le pensent) inexorables devenirs, est de plus en plus intime et imperceptible. Il en va ainsi du techno-numérique qui est en train de redéfinir les frontières de l’humain au moyen d’une re-sémantisation du monde. Et si on ajoute le développement impressionnant de l’Intelligence Artificielle (IA), par exemple, il n’a jamais été aussi urgent de repenser la question de l’humain mais aussi et surtout du post-humain.

Par conséquent, cette tendance qui intègre dans la sphère de l’humain ce que l’humanisme moderne en excluait, ne concerne pas uniquement les êtres vivants. Sont également concernées les machines de plus en plus présentes dans notre vie. Entre vivants et machines s’intensifient des formes variées d’interaction, d’interdépendance, de continuité, d’hybridation (cyborgisation, bionique, robotique). Le développement frappant des biotechnologies, des nanotechnologies, de l’IA, des sciences cognitives, est une réalité qui contribue puissamment à la redéfinition et à la réinvention de l’humain moyennant, par exemple, la manipulation génétique ou la numérisation de l’esprit.

Sur fond des avancées de la technoscience, en particulier dans des domaines comme la génétique et l’éthologie, le post-humanisme et des courants satellites prévoient une (trans)mutation réelle de l’être humain capable de surmonter définitivement son extrême vulnérabilité physique et génétique ainsi que ses limitations cérébrales. L’h+ déclare l’obsolescence de l’Homme tel que nous le connaissons et proclame l’accélération de l’évolution moyennant une réforme anthropotechnologique des caractéristiques de l’espèce pouvant aboutir à l’abandon du corps biologique et à sa substitution par le corps mécanique ou par le corps virtuel. Le post-humain sera donc, dans le sillage de la réalité augmentée, un humain augmenté dont la jeunesse et la vigueur sont à très longue durée, qui n’a pas de maladies, qui se (re)crée lui-même ainsi que sa progéniture, qui s’habilite à l’amortalité (comme dirait Aymeric Caron, indéfectible défenseur de la cause animale, « la vie est ce qui ne veut pas mourir »), qui maîtrise ses émotions et ses passions, qui est plus apte au plaisir, à l’art, à la contemplation; bref, un humain élevé à l’échelle supérieure de l’excellence techno-numérique, dont on est loin encore d’en discerner l’impact et la portée.

Tout ceci implique, bien évidemment, un élargissement des frontières de l’humain dans le sens d’une perfectibilité croissante. Si quelques-unes des implications de cette redéfinition profonde s’avèrent nettement positives et exaltantes (pensons à l’emploi de l’IA au service de la santé), d’autres, au contraire, ne vont pas sans susciter des réserves et du scepticisme. La post-humanité ne signifie-t-elle pas la suspension de ce que nous considérons
spécifique et constitutif de la condition humaine ? Où passe la ligne de partage entre perfectibilité et monstruosité ? Comment formuler la coexistence de l’humanité avec des formes supérieures d’hégémonie technologique ? Comment penser l’humanisation des animaux, soutenue par les défenseurs de la cause animale, dans le contexte du projet post-humaniste lequel se fonde moins sur la fragilité de la vie et le partage du sensible que sur le pouvoir de la science et de la technologie ? Le post humanisme ne serait-il pas un nouvel anthropocentrisme aux accents théotechnologiques postulant l’invulnérabilité et/ou la mutabilité illimitée de la vie humaine ?

Organisé dans le cadre du Projet Seuil Homme/Animal/Machine, ce Colloque souhaite discuter les enjeux du post-humanisme autour de cette question : comment la fiction littéraire, filmique et bédéesque configure-t-elle les effets culturels des avancées scientifiques ? Et cela de façon décisivement interdisciplinaire et intermédiale. Raison pour laquelle seront considérées prioritaires les communications focalisant les figures du post-humain en deux (ou trois) des médias en jeu – littérature, cinéma, bande dessinée –, tout en privilégiant les connexions entre eux.

Conférenciers invités :
Edwige Armand (Université de Toulouse – Jean Jaurès, présidente de l’Association
Passerelle AST)
Pedro Moura (UAlg, ESAD-IPL, CEC-FLUL, CEHUM)

Soumission de propositions de communication:
Afin de soumettre votre proposition de communication, sous forme d’un résumé de 200-300 mots accompagné d’une brève notice biobibliographique, nous vous prions de nous joindre à l’adresse électronique suivante : coloquioLCBD@gmail.com
Les propositions de communication devront nous parvenir jusqu’au 15 janvier 2019. Les communications ne dépasseront pas 20 minutes.
Les textes des communications seront soumis à révision par les pairs (peer review). Ceux qui seront sélectionnés feront objet d’une publication.

Langues de Communication :
Portugais, Français

Calendrier : 
15 janvier : date boutoir pour soumettre des propositions de communication (20 minutes
maximum) (résumé de 200-300 mots).
25 janvier : réponse de l’Organisation.
5 février : programme provisoire.
31 mars : inscription au colloque.
1 juin : programme définitif.
13-14 juin : Colloque.

Comité Scientifique :
André Corrêa de Sá (Un. de Santa Barbara, Califórnia)
Anne Simon (EHESS)
Cândido Oliveira Martins (FacFil)
Charles Feldhaus (Un. E. Londrina)
Dorothea Kullman (Un. Toronto)
Eunice Ribeiro (UMinho)
Helena Pires (UMinho)
Iolanda Ramos (FCSH)
Irène Langlet (Un. Limoges)
José Almeida (FLUP)
Miriam Ringel (Un. Bar-Illan)
Nuno Simões Rodrigues (FLUL)
Pedro Moura (FLUL)
Xaquin Nuñez (UMinho)

Organisation :
Ana Lúcia Curado
Cristina Álvares
Isabel Cristina Mateus
Sérgio Sousa

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Sans ordinateur (anthropocène et imaginaires numériques)

Publié le 28 Octobre 2018 par Anaïs BERNARD dans Appel à communications, appel a communications

Sans ordinateur (anthropocène et imaginaires numériques)

L’anthropocène s’impose chaque jour avec une urgence plus aiguë qui ouvre un précipice, tant l’inaction semble grande. Cet effondrement offre la possibilité d’un tournant. Répondre à la question « Que faire ? », c’est aussi se demander : « Comment penser ? » et « Comment imaginer ? »

Si nous avons du mal à penser, comprendre et représenter l’anthropocène, c’est sans doute que nous manquons d’outils pour imaginer les hyper-objets, ces entités climatiques, géologiques, économiques, technologiques d’une étendue telle qu’elles mettent en faillite notre capacité à les percevoir. C’est aussi que s’y téléscopent des dimensions temporelles brèves et immenses. Il nous manque d’imaginer concrètement les causalités complexes à l’oeuvre dans la logistique entre production, distribution et consommation, pour sortir de la dissonance cognitive qui caractérise, sinon le déni de l’urgence écologique, au moins notre inaction collective.

A partir de l’hypothèse d’un effondrement de l’infrastructure informatique, et donc d’un après-digital, ce colloque a pour objet de suspendre l’occupation du monde. Il s’agit de forcer la réflexion et l’imagination sur l’après, tant l’ordinateur s’est infiltré partout. Il s’agira de mettre en perspective historique l’imaginaire qui a nourri l’anthropocène, cette ère de la Terre définie par l’impact prédateur de l’humanité. Comprendre les racines de la mobilisation du monde, dont le digital fait partie, c’est peut-être commencer à de ne pas reproduire, dans les «  solutions » à la crise écologique contemporaine, les causes de ce à quoi on voudrait échapper.

Cet imaginaire, source ambivalente de l’anthropocène, doit être décrit. Notre hypothèse est qu’il se situe au croisement des sciences, des récits mythiques et des images que nous nous faisons du monde et de la technique. A travers le dialogue entre artistes et théoriciens, on articulera ce contexte historique avec des oeuvres contemporaines. Ces dernières produisent des images et des gestes inextricablement matériels et cognitifs ; par là même elles nous aident à penser. Comment les représentations artistiques informent-elles la crise actuelle ? Et quel est le rôle critique et pratique de l’imagination dans le moment historique qui semble s’ouvrir, où la question de l’après relève inextricablement du possible et de l’impossible ?

LES RACINES DE L’APOCALYPSE

Si la datation tout comme la validité du concept d’anthropocène font débat, on peut s’interroger sur sa généalogie qui ne relèverait pas seulement du champ technique et pragmatique mais aussi du culturel et du symbolique.

N’est-ce pas une certaine représentation du monde qui a présidé à son usage anthropique ? Ne faut-il pas alors remonter dans les conceptions théologiques et philosophiques comme dans les représentations artistiques, pour comprendre ce que nous avons fait de la Terre et la manière dont nous concevons le temps ? Quels sont les liens entre une culture qui semble n’avoir eu de cesse d’anticiper la fin du monde et la situation présente ? De quelles façons l’une influe-t-elle sur l’autre par l’intermédiaire de dispositifs techniques qui sont précisément au croisement de la culture et de la matérialité ?

Nous chercherons aussi à reconstruire l’histoire des récits et des images de fin du monde dans la tradition et le contemporain, et à voir en quoi elles surdéterminent notre relation à l’environnement et notre compréhension des discours anthropocéniques.

L’EFFONDREMENT DES MACHINES

On a parfois sous-évalué l’impact énergétique et environnemental de l’informatique parce que celle-ci était considérée depuis la cybernétique comme partiellement immatérielle. La sortie hors du « cloud » révèle un monde du numérique dont le poids logistique et écologique est encore difficile à évaluer. Cet aveuglement n’a-t-il pas sa part imaginaire ?

L’hypothèse d’un effondrement de l’infrastructure apparaît comme une perspective probable. La notion de post-digital prend alors une toute autre tournure: non plus celle d’un monde où le numérique est dans notre sang, mais celle d’une vie où il faudra soudain se passer peut-être de ce qui nous est devenu des plus familiers, des plus nécessaires. La notion de post-digital désignerait un monde après le numérique, sans ordinateur, parce que leur production et leur maintenance seraient devenues insoutenables.

Comment imaginer un monde humain sans ordinateur, lui qui est l’outil de la mondialisation ? Comment penser même les sciences humaines sans ces machines ? Quels scénarios spéculatifs pouvons-nous élaborer, théoriques ou artistiques ? En imaginant leur absence ou leurs ruines, serons-nous capable de ressentir la manière dont elles constituent aujourd’hui encore le logos du monde ? Qu’en est-il de l’usage du climat lorsque les centres de données sont localisés dans des régions froides ?

Les interventions auront pour objet d’analyser l’impact matériel et idéologique des technologies numériques sur notre environnement et d’évaluer leur soutenabilité future. Elles pourront aussi s’interroger sur l’usage du digital dans les récits apocalyptiques ou d’innovation. Enfin, elles pourraient spéculer sur un monde sans ordinateur dont la logistique serait bouleversée.

SANS NOUS

Depuis une dizaine d’années, il y a un regain d’intérêt pour le monde non-humain. Au-delà de la prise en compte d’agents tels que les animaux, les lieux ou les techniques, il en va d’une décentrement dans le contexte d’une extinction possible de notre espèce, du vivant et l’autonomie de la Terre.

Si la collapsologie s’intéresse à l’effondrement, ce dernier apparaît comme un moment d’une séquence plus large dont la cause pourrait être humaine ou non, un événement cosmique par exemple. Cet horizon de l’extinction déplace, à l’échelle de l’espèce, la mortalité qui se joue pour chaque individu et questionne les fondements de l’anthropocentrisme.

Cette clôture du vivant pourrait nous permettre d’une part de penser la Terre sans nous; quand d’autre part elle questionne la possibilité de notre survie ou de notre dépassement, avec les récits du transhumanisme, de la Singularité technologique ou le cosmisme russe. Mais pouvons-nous penser en imaginant notre inexistence ? Quels sont les enjeux d’une pensée ahumaine de la Terre ? Qu’avons-nous à y apprendre de l’espacement entre notre présent et notre disparition à venir ? La résurgence actuelle des mythes de résurrection, la force structurante des eschatologies anthropocentriques, et la multiplication des apocalypses, semblent indiquer que nous avons du mal à accepter réellement la relation entre notre finitude et l’infinitude du cosmos, et même à l’imaginer. Que proposent les arts aujourd’hui sur cette tension ?

En regard avec la collapsologie qui semble s’articuler autour de l’être humain, son environnement s’effondrant autour de lui, nous explorerons des stratégies alternatives non-humaines et l’impact de celles-ci sur nos représentations. Nous nous intéresserons à des récits et aux œuvres qui spéculent sur la fin de notre espèce.

*

Cette conférence, organisée à l’Ecole normale supérieure par le groupe de recherches Postdigital (http://postdigital.ens.fr), vise à croiser les réflexions de chercheurs, en sciences humaines et sociales comme en sciences dures, de théoriciens et d’artistes, sur cet après-le-numérique qui ne viendra peut-être pas mais peut nous faire mieux penser les grands problèmes d’aujourd’hui. Pour faciliter ce croisement, nous privilégierons les propositions en duo, entre artistes et théoriciens, dont la logique collaborative ne serait ni de l’illustration ni de la justification de l’un à l’autre.

Comité d’organisation : Béatrice Joyeux-Prunel, Grégory Chatonsky, Clémence Hallé, Francis Haselden.

Les propositions sont à envoyer avant le 1er janvier à Grégory Chatonsky (chatonsky@gmail.com) et Béatrice Joyeux-Prunel (beatrice.joyeux-prunel@ens.fr) : un résumé de 300 mots maximum, accompagné d’un C.V., en français ou en anglais. La conférence aura lieu dans les deux langues, les 8 et 9 avril 2019 à l’Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, Paris, salle Dussane.

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Affects, flux, fluides. Représentations, histoires et politiques des émotions en arts

Publié le 31 Août 2018 par Anaïs BERNARD dans appel a communications, Appel à communications

Feelings and Emotions - Mrs Neeraj Parswal - 2015

Feelings and Emotions - Mrs Neeraj Parswal - 2015

APPEL À COMMUNICATIONS

Affects, flux, fluides. Représentations, histoires et politiques des émotions en arts

Colloque international - 3 et 4 avril 2019 - Université de Strasbourg

Organisation : Université de Strasbourg (EA 3402) / Université Lille 3 (CEAC)

 

Longtemps considérées comme subjectives et anecdotiques et, à ce titre, indignes d’être historicisées ou de constituer des objets scientifiques, les émotions suscitent un intérêt croissant depuis le tournant affectif survenu dans les années 1990 (Stearns 1998 ; Reddy 1997 ; Massumi 2002; Sedgwick 2003 ; Clough 2007 ; Corbin, Courtine, Vigarello 2016). C’est avec une grande diversité d’approches scientifiques et méthodologiques que les phénomènes affectifs sont étudiés aujourd’hui, de l’anthropologie à la sociologie et à la philosophie, de l’histoire aux neurosciences. En France, dans le champ de l’histoire et de la théorie des arts, il reste encore à ouvrir un chantier de réflexion transdisciplinaire et intermédiale autour des problématiques liées aux émotions, aux sentiments et aux affects. Refusant toute définition restrictive pour travailler un objet aussi fluctuant et insaisissable que le phénomène affectif, il s’agira d’aborder les « émotions » les « affects », les « humeurs » ou encore les « sentiments » comme des réalités mouvantes et agissantes. En articulant émotion et perception, mémoire et histoire, corps et subjectivation, représentations et politique, temporalités et spatialités, ce colloque international appelle des contributions de toutes disciplines pour interroger les multiples enjeux liés aux manifestations émotionnelles en art, entre arts visuels et sonores, danse, performance, cinéma, arts numériques et littérature.

À titre indicatif et sans restriction chronologique, les propositions de communication pourraient explorer des problématiques associées aux axes de réflexion suivants :

AXE 1 : MATÉRIALITÉS DES ÉMOTIONS EN ARTS

La terminologie des émotions recouvre un spectre sémantique lié aux humeurs qui permet de toucher à des aspects très concrets, ceux des fluides, des formes, des aspérités de l’affectivité. Dans cette perspective, nous sollicitons des contributions transdisciplinaires portant sur les enjeux liés à la matérialité des manifestations émotionnelles. Il s’agira d’une part d’interroger la dimension tangible et sensorielle des œuvres d’art et d’autre part, de se demander comment les images et les narrations esthétiques sont (in)formées par les émotions. Comment étudier les ensembles de flux, de circulations et d’intensités affectives dans des médias tels que la performance ou les arts vidéo et numériques ? Comment se (dé)construisent les relations aux émotions dans les différents médias artistiques ? Les pratiques artistiques contemporaines renouvellent-elles nos rapports à l’affect ?

Cet axe souhaite avant tout s’intéresser à ce que font et à ce que produisent les manifestations émotionnelles. En s’appuyant sur une conception de la matérialité (“matter”) du corps comme « résistance à fixer le sujet » (Butler, 1993), on pourra se pencher sur les traductions physiques des modalités affectives : marques, plaisirs, blessures. En considérant que les pratiques artistiques et culturelles contribuent à produire et à faire circuler les phénomènes organiques, les manifestations physiologiques en histoire des arts - sécrétions, fluides, sexualités, maladies - feront ici l’objet d’une attention particulière. Pour appréhender la performativité et l’agentivité de l’émotion, du sentiment et de l’affect dans les pratiques artistiques, on pourra aussi se demander, en référence à la phénoménologie des émotions de Sara Ahmed (Ahmed 2004), comment celles-ci façonnent les corps et les objets, comment elles agissent sur le réel.

AXE 2 : POLITIQUES DES ÉMOTIONS

À la racine même du processus artistique, au cœur de la structure et du dispositif de l’œuvre, les phénomènes affectifs pourront être étudiés sous l’angle de la sensibilité individuelle et collective, en tant que processus relationnel. On pourra s’intéresser aux différents aspects liés à la production et à la réception des œuvres, à leurs mises en partage et leur travail collectif au sein des groupes et des mouvements artistiques. Par ailleurs, nous invitons des contributions étudiant les effets des rapports sociaux de genre, de race, de classe, de sexualités sur les émotions pour appréhender les enjeux politiques à l’œuvre dans les ressentis individuels. En s’appuyant sur les théories des affects dans les études féministes, queer et postcoloniales (Ahmed, 2004 ; Appadurai, 2007; Cvetkovich 2003), on peut ainsi prêter attention à des modes d’affectivité dissidents dans les pratiques artistiques comme tactiques de résistance ou de détournement de sentiments aliénants. Il s’agira d’envisager les vertus des irruptions et des surgissements émotionnels, c’est-à-dire de suggérer que les identités ne sont pas uniquement structurées par l’idéologie ou les discours. L’imprévisibilité et l’instabilité des manifestations émotionnelles peuvent ainsi être envisagées comme des éléments de perturbation des normes sociales. De telles approches permettent d’étudier la coexistence de groupes affectifs au sein d’un régime émotionnel dominant et les champs de lutte qui cartographient leur dissémination.

AXE 3 : MÉMOIRES DES ÉMOTIONS

Comment historiciser et archiver des phénomènes émotifs fuyants, instantanés, variables ? L’idée même que l’affectivité puisse être soumise au changement historique est relativement récente (Febvre, 1941). À partir des années 1980, au moment où l’exclusivité cognitive de la raison est remise en cause, tout autant que le caractère naturel et universel des états affectifs, l’histoire des émotions se développe, nourrie par l’anthropologie, les sciences cognitives et la psychologie. Depuis leurs modalités concrètes d’archivage et de conservation, jusqu’aux modalités narratives et historiographiques de leur inscription dans l’histoire de l’art, l’un des objectifs majeurs de ce colloque sera de contribuer à l’étude de l’histoire des émotions dans les pratiques artistiques. Dans la lignée d’Aby Warburg, en envisageant une temporalité historique non linéaire et hétérogène, il s’agit de se demander comment les gestes et les images artistiques et culturelles peuvent se faire vecteurs de transmissions et de survivances et comment les normes sociales interagissent avec ces codes. En outre, en s’inspirant par exemple de la notion d’« archive de sentiments » (Cvetkovichh, 2003) il s’agira d’inventorier et de retracer la généalogie des modalités affectives dans les productions artistiques et culturelles. Comment étudier les émotions dans les arts du point de vue de l’histoire et à partir des archives ? Quelle est la pertinence des archives et de l’histoire orales pour accéder aux sentiments ? Enfin, nous accueillerons également les contributions abordant les enjeux de l’anachronisme de la mémoire, de la résurgence, du “trou”, ou du traumatisme dans l’analyse et l’écriture des phénomènes affectifs en art.

 

Modalités de soumission

Les propositions de communications, de 500 mots maximum, accompagnées d’un titre et d’une courte biobibliographie de l’auteur.e, sont à envoyer avant le 14 octobre 2018, à colloqueaffects@gmail.com

 

Comité d’organisation

Clélia Barbut - Chercheuse associée au Cerlis, UMR 8070, Université Sorbonne Nouvelle, et à l'EA 1279, Histoire et critique des arts, Université Rennes 2.

Janig Bégoc - MCF en Histoire et théories des arts visuels, Université de Strasbourg

Anaïs Bernard - ATER en Arts visuels, Université de Strasbourg. Chercheuse associée à l'EA 3402 Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques, Université de Strasbourg.

Anne Creissels - MCF en Arts plastiques et artiste, Université de Lille 3.

Johanna Renard – ATER en Arts visuels, Université de Strasbourg. Chercheuse associée à l'EA 3402 Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques, Université de Strasbourg, et à l’EA 1279, Histoire et critique des arts, Université Rennes 2.

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Les corps à l’affiche

Publié le 28 Juillet 2018 par Anaïs BERNARD dans appel a communications, Appel à communications

Les corps à l’affiche

SÉMINAIRE INTERDISCIPLINAIRE: « Les corps à l’affiche »
UNIVERSITÉ BORDEAUX MONTAIGNE, MAISON DE LA RECHERCHE
20 novembre 2018
 

Dans notre société moderne, le corps est un outil comme un autre : outil commercial, outil marketing, outil professionnel. Il s’affiche, il est admiré, critiqué, rejeté. Il est au cœur de nombreux débats, est l’objet de recherches académiques et universitaires. Un corps voilé est décrié, un corps dénudé tout autant. Pas trop, pas assez. Le paradoxe est que le corps de la femme est d’autant plus la cible des critiques dans un monde pourtant hyper-érotisé : le corps fin et parfait d’une femme pour vendre un yaourt ou un gel douche, les stars de la pop musique mettant leurs corps en scène dans une esthétique porno chic, des artistes trouvant leur inspiration dans ce corps qu’ils subliment… art, provocation marketing ?

Il y a certes une esthétisation de la société, mais à se retourner sur des civilisations anciennes ou des peuples en marge du système capitaliste, on remarque que le corps est toujours un enjeu, un « lieu », un outil, un « objet » à embellir ou à enlaidir.  Le corps est, par essence, la base de l’homme. Mais qu’en a-t-il fait ? Qu’en fait-il ? La dichotomie d’AVOIR et d’ÊTRE. Je ne veux pas AVOIR pour paraître, mais je veux ÊTRE : cet « ÊTRE » peut-il lui même se subdiviser entre corps et âme ? Le corps EST, qu’on l’entende, mais doit-il être réduit à ses caractéristiques sexuées ?

Ce séminaire interdisciplinaire a pour dessein d’interroger le rapport de la société au corps. Nous attendons des communications visant à analyser ce phénomène des corps à l’affiche : qu’il s’agisse des médias, de l’art visuel, l’art scénique, la musique, la littérature, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la science des religions… plus les disciplines seront représentées plus la vision de l’histoire des corps sera large et intéressante. Il s’agira d’avoir une vision d’ensemble pour chaque discipline. 

Ce workshop sera construit autour de l’exposition d’une artiste-photographe qui présentera son travail lors d’une table ronde.

Les interventions des autres participants - qui pourront également sortir du cadre traditionnel s’ils le souhaitent - dureront 30 minutes + 10 minutes de questions. Chaque intervenant s’engage à rester toute la journée.

Petit-déjeuner et déjeuner sont pris en charge. 

Date limite de soumission des propositions :

Les propositions de communication sont à envoyer, uniquement sous format pdf, avant le 1er septembre 2018 à l’adresse suivante :

seminairecorps.bordeaux@gmail.com

Les propositions devront se présenter ainsi :

— Première page : Prénom, Nom, adresse, statut, axes de recherche (sujet de thèse le cas échéant…), rapide biographie  ;

— Seconde page : la proposition de communication.

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Arts et Personnalité : Enjeux et influences sur la création et la réception des œuvres

Publié le 27 Juillet 2018 par Anaïs BERNARD dans appel a communications, Appel à communications

Arts et Personnalité : Enjeux et influences sur la création et la réception des œuvres

Journée d'études : "Arts et Personnalité : Enjeux et influences sur la création et la réception des œuvres" (Rennes 2)

Organisée par Adam Evrard et Baptiste Pilo (Université Rennes 2, EA 1279).


DATE ET LIEU DE LA JOURNÉE D'ÉTUDE: 16 NOVEMBRE 2018, RENNES
DATE LIMITE DES PROPOSITIONS: 1er SEPTEMBRE 2018

 

PRÉSENTATION

Roland Barthes écrit en 1967 dans son célèbre texte La mort de l’auteur : « Donner un Auteur à un texte, c’est imposer à ce texte un cran d’arrêt, c’est le pourvoir d’un signifié dernier, c’est fermer l’écriture ». Un an plus tard, Michel Foucault reprend cette idée sous la formule « Qu’importe qui parle ? », en soulignant que cette réflexion peut être étendue à d’autres « disciplines ».

Cinquante ans plus tard, quelle influence l’artiste, en tant que personnalité, possède-t-il sur l’analyse, la diffusion, la réception et la postérité de ses œuvres ? Nous définissons le terme « personnalité » en ce sens : ce qui constitue la personne, qui la rend physiquement, intellectuellement et moralement distincte de toutes les autres, avec une originalité plus ou moins accusée.

Dans le cadre de cette journée d’étude, les relations entre œuvres et personnalité feront l’objet de réflexions dans l’ensemble des domaines d’études de la création artistique : l’histoire de l’art, les études théâtrales et cinématographiques, la musicologie, la littérature. Ces enjeux se posent de la création de l’œuvre à sa réception et concernent toutes les périodes, de l’Antiquité à l’extrême-contemporain. Les propositions peuvent présenter des études thématiques, à l’exemple des recherches autour des mythes du génie ou de la folie menées en histoire de l’art. Elles peuvent également prendre la forme d’étude de cas à la manière des stratégies biographiques et relationnelles chez Francis Poulenc exposées par Hervé Lacombe[4].

Ainsi, nous invitons les propositions de communication à réfléchir autour de ces axes (non limités, suggestions bienvenues) :

  • L’importance des récits et des discours, notamment biographiques, des artistes;
  • La légitimité des auto-interprétations par les artistes ;
  • Les stratégies de diffusion et de pérennisation des œuvres;
  • La place accordée à la personnalité dans un domaine d’étude artistique donné (cinéma, musicologie, etc.).

 

CONTRIBUTIONS

Les propositions sont à envoyer pour le 1er septembre 2018 à l’adresse suivante : labo.doc.hca@gmail.com.

Elles ne devront pas dépasser les 350 mots. Les communications sont limitées à vingt minutes, accompagnées de dix minutes d’échanges.

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