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Corps en Immersion

Une actualité dans les arts et les sciences à travers les corps pluriels.

Les siècles obscurs

Publié le 3 Mars 2017 par Anaïs BERNARD in performance

Les siècles obscurs

Le vendredi 10 mars 17
20h30 - Réservation en ligne
Tarif : Gratuit avec Pass Cube / 5€
Public : Tout public

Les siecles obscurs - mabel octobre - le cube - centre de creation numerique

Dans la dépendance du monde actuel à la technologie, son besoin sans cesse réaffirmé de maîtriser la modernité, tous s’efforcent d’acquérir des machines dernier cri, toujours plus puissantes et sophistiquées. Or, on le sait, sans même parler d’« obsolescence programmée » ou de « désuétude planifiée », tout matériel informatique acheté à un instant t est obsolète à un instant t+epsilon, un ordinateur, une caméra ou encore un téléphone le devient au plus tard à partir de son déballage et un microprocesseur dès le début de sa fabrication en série, etc.

L’obsolescence technologique et son accélération exponentielle ne seraient qu’un phénomène collatéral de l’évolution de l’humanité, si elles n’étaient devenues, avec l’avènement du numérique, synonymes de perte de mémoire future. En effet, le passage au numérique expose nos mémoires à une constante restructuration (changement constant de support, de port, de format, de norme, de système…) et aux accidents matériels (panne, coupure d’énergie, destruction…), les fragilisant, au point qu’on peut penser que nous participons à l’élaboration d’une nouvelle période « obscure », une période sans mémoire.

Si nous avons retenu le concept historique de « siècles obscurs », c’est que le fondement de toute culture s’appuie sur la transmission et la mémoire. Une culture sans mémoire n’est-elle pas vouée à disparaître ? L’historiographie moderne désigne par « siècles obscurs » (« Dark Ages ») la période qui court du 12e au 8e siècle avant J.-C., de la destruction de la civilisation mycénienne à l’émergence des grandes cités grecques. Quatre siècles pendant lesquels la mémoire a été consignée sur des supports qui ont disparu (caractéristique de toute civilisation dite de l’oralité), laissant la place à des hypothèses souvent apocalyptiques et pendant longtemps à un « trou » dans l’histoire.

Comment ne pas envisager que les supports sur lesquels nous consignons notre mémoire puissent à terme être d’une telle obsolescence qu’il n’en reste rien ? Nous faisons le choix d’aborder cette interrogation sur un mode ludique en inventant une machine, assemblage d’objets liés à la révolution informatique, détournés de leur usage conventionnel. Nous associons volontairement dans notre installation des appareils « dépassés » à des développements informatiques « avancés », pour conter notre rapport compulsif à la technologie tout en mettant en valeur les champs poétique et onirique qu’elle met en œuvre.

Que deviennent toutes nos machines informatiques quand elles ont fait leur temps ? Elles ne seront un jour plus que des artefacts difficilement décryptables. Toutes les informations que nous y avons inscrites auront disparu, et notre mémoire avec. Peut-être entrons-nous dans une période que les historiens du futur qualifieront de « siècles obscurs », comme pour la Grèce des premiers siècles de l’Âge du fer. À la manière d’archéologues qui retrouvent des objets dont ils réinventent parfois la fonction, quatre geeks illuminés décident de redonner vie à des objets informatiques. Assemblés en un dispositif hardware porn, ces objets forment un orgue machinique dont les opérateurs jouent pour accompagner les chants d’un culte qu’ils tentent de recréer.

Les Siècles Obscurs interrogent notre dépendance à la technologie et le caractère éphémère des objets qu’elle produit et, de là, envisagent l’avènement d’une période privée de mémoire.

Conception, performance : Judith Depaule, Julien Fezans, Laurent Golon, Tanguy Nédélec
Développement vidéo : Sylvain Buffet, Guillaume Evrard, Olivier Guillerminet
Travail voix : Valérie Joly

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