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Corps en Immersion

Une actualité dans les arts et les sciences à travers les corps pluriels.

F-CONNEXION

Publié le 17 Octobre 2016 par Anaïs BERNARD in artiste

Mon certificat FFF

Mon certificat FFF

Un programme est une territorialisation, il correspond à la création d'une expérience algorithmique qu'il distingue d'autres en fonction des métriques qu'il emploie à l'arpentage de l'information. Après que F-CONNEXION s'est déployé sur et par les contingences du territoire physique, très vite s'est posée la question de déployer un processus équivalent à l'épreuve des automates et de l'espace réticulaire, dans le territoire machinique. La question étant de savoir comment échapper à la re-production, c'est-à-dire : à la simulation artificielle, sur Internet, de la mécanique physique employée avec F-CONNEXION. Ne pas ralentir pour émuler la lenteur, ne pas détériorer l'intégrité de l'information pour simuler la perte et ne pas confondre la carte et le territoire.

Pour se faire, nous devions donc changer de référent. Avec FFF, il ne s'agit plus de parler de transmission symbolique à l'échelle de la Terre et d'impliquer le corps biologique dans la composition de l'œuvre, mais de faire monde en insérant la multiplicité des manières de se mesurer au Web comme autant de processus corporels. Ceci implique qu'aucun symbole particulier ne soit retenu comme terrain d'inscription des traces. L'espace initial de FFF est donc incorporel, il ne contient rien d'autre que des coefficients d'art visant à compiler en un seul mouvement ce que F-CONNEXION entend en termes d'informations, de transmissions et de traces.

Ces dernière années, le Web s'est transformé de manière conséquente. Ses caractéristiques initiales d'espace plat, sans distance, auto-géré et sans hiérarchie ont vu naître des centres ou des foyers pesant de manière significative sur la maillage du réseau et la gouvernance d'Internet. Le succès phénoménal de Facebook comme interface de contact avec plus d'un milliard d'individus constitue le territoire problématique de FFF car nulle part pourtant, ne semble être autant nier le processus d'individuation par la machine : tous les murs se ressemblent, les mêmes unités d'interface sont employés partout à l'interaction avec notre cercle d'amis, les mêmes algorithmes filtrent ce que nous y voyons et les mêmes concepts agissent au design universel voulu par Facebook : capitaliser notre attention.

Aussi, comme élément de cette sculpture collective, la surface générée par FFF agit par des processus de mise à l'échelle cristallisant en un cliché (un étant-données) les vecteurs par lesquels se singularisent notre appropriation d'un collectif par le réseau. Ici, mettre à l'échelle signifie : intégrer à la géométrie de la surface (où chaque point représente une publication) des rapports à son milieu d'émergence, celles-ci impactant sa résolution, son amplitude, sa couleur, son relief, son rayon et sa rotation.

F-CONNEXION propose la coexistence simultanée d'une lettre imprimée (réalisée en trois exemplaires) envoyée par La Poste, re-présentée (®-présentée ?) également (mais d'une autre façon grâce à Google Earth) sur NOS propres « réseaux d'amis » entretenus sur Facebook. Chaque lettre fait écho, dans un certain sens, à la célèbre expérience menée par Marcel Duchamp autour des 3 stoppages-étalon. Mesurant exactement un mètre, chacune d'entre elles va parcourir — à travers dix destinations hypothétique — une portion en zigzag de la surface terrestre, donc plusieurs milliers de kilomètres. Mais personne ne connait exactement par où celles-ci vont transiter puisque chaque personne qui la reçoit doit imaginer, négocier et donc cartographier dans son propre réseau, LE nouveau destinataire potentiel de cette lettre.

VEYRAT, Marc

Processus

Afin de participer à FFF, il faut en faire la demande en MP à Franck Soudan. Celui-ci vous ajoutera aux testeurs de l'application et prendra alors contact avec vous. Notons au passage que nous aurions pu omettre cette étape, en demandant à ce que Facebook officialise l'application, nous accordant ainsi le droit de vous demander le droit de lire votre mur. Outre l'aspect presque infantilisant par lequel Facebook contrôle les déterritorialisations du contenu qui y est déposé (en s'assurant qu'une application demeure en conformité avec sa politique d'édition), c'est plus par choix que nous avons décidé qu'un observateur-participant potentiel devait, pour s'insérer à l'œuvre, entrer en contact direct avec ses créateurs.

La résolution

Une fois l'application autorisée par l'observateur-participant, FFF commence par interroger l'API Graph de Facebook afin d'obtenir l'identifiant de toutes ses publications. Mais ces données peuvent ne pas être toutes insérées à la surface. En effet, le nombre de points employés à sa construction est limité à 314, comme un rappel symbolique au nombre π. Le nombre Pi fait part-i de cette mise à l'échelle dans l'incompatibilité de traduire une circonférence programmée en fonction de la quadrature écranique. Si cette constante mathématique insiste sur l'être géométrique de la magnéto-sphère – la forme employée pour FFF et à la surface de laquelle tout point tend à se trouver à une distance égale des autres –, son motif est plus pragmatique : en limitant la résolution de la surface, nous optimisons l'usage des ressources informatiques nécessaires à la génération de celle-ci. Cette étape correspond à la première mise à l'échelle : celle du programme par rapport à la puissance computante de la machine et inaugure cette idée d'engager la machine comme milieu.

L'amplitude

L'aire de la surface représente la couverture temporelle de nos publications par rapport à la date de création de Facebook ; plus celle-ci est grande, plus cela signifie que notre présence à Facebook date, c'est-à-dire que l'eSPACE investit occupe une plus grande place dans la solution aqueuse de l'architecture proposée par cette plateforme propriétaire. Si bien que nous pouvons obtenir des sphères complètes pour des observateurs-participants inscrits depuis la création de Facebook. Ce second étalon marque le rapport de l'espace géométrique à la temporalité du réseau et déclare que la forme, comme espace potentiel du visible, est une donnée du temps, comme marge d'événements @-venir. Ici, l'éternel retour du présent – ce fil d'actualités, où chaque fragment d'être déposé à la surface de notre mur rend à notre historique la qualité d'un sédiment – voit l'horodatage de l'information habituellement employé à la linéarisation de notre store-i, cette fois-ci instauré au profit d'un échantillonnage du tout. Associé à l'échelle de résolution, FFF glane alors un certain nombre de publications, aléatoirement, et commence à projeter les points du maillage.

La couleur

La couleur dépend de l'heure de la journée à laquelle l'observateur-participant a généré la surface, ceci en la rapportant à la teinte du système d'encodage informatique HSL. Là encore, un jeu d'échelles est instancié entre le spectre lumineux (un rayonnement électromagnétique immatériel, une onde mesurée en termes métriques) et le temps, ici envisagé du point de vue du cycle biologique que représente une journée sur Terre. L'intention est ainsi plus cosmologique et veut marquer l'insertion de la couleur à la sculpture comme un frottement entre divers plans de perception de la lumière, à la fois extra-terrestre, écranique et coporelle.

Le relief

Les surfaces sont ®-CRÉÉES. Chaque point du maillage se voit effectivement donné un relief par rapport à la quantité de réactions suscitée par la publication qu'il représente. Ce relief varie de ± 1/10è le rayon de la magnéto-sphère. L'étalon quantitatif de votre notoriété (nombre de mentions « j'aime » et commentaires) est ainsi retranché par cette égalisation commune à toutes les surfaces. Nous ne posons pas une constante d'excroissance multipliée par la quantité de réactions, mais distribuons la profondeur des points sur une échelle contrainte par rapport à un maximum et un minimum que vos informations seules déterminent. FFF n'est donc pas une visualisation de données en ce que nulle part nous cherchons à qualifier visuellement le contenu des publications, leurs sens et la quantité d'interactions que celles-ci engendrent auprès de votre réseau.

Le rayon et la rotation

Si les surfaces ne présentent pas la même ampleur, c'est que le rayon de la magnéto-sphère virtuelle employée à la projection des points dépend de la résolution de l'écran. Celle-ci est égale à φ-1 la quantité de pixels disponibles à l'écran, où φ correspond au nombre d'or. Une fois de plus, le dispositif de vision affecte la génération de la surface, cette mise à l'échelle rendant à la sculpture collective son aspect en pelure d'oignons non-uniforme, laissant ça et là apparaître des surfaces s'enlaçant à d'autres. FFF est une œuvre interactive, mais les interactions y sont donc essentiellement machiniques. Un seul paramètre d'interaction humaine est retenu et correspond à la capture du point de vue sous lequel l'observateur-participant observe la génération. Ce triplet représente l'angle XYZ de la caméra et est reporté sur la rotation de sa surface dans la sculpture collective.

 

A découvrir jusqu'au 12 novembre 2016 à l'Espace Larith, à Chambéry dans le cadre de l'exposition ArTICland: Connecté au monde.

« ArTICland : Connecté au monde » est une sélection d’œuvres et de projets numériques proposant un état de lieux des réflexions de G-SICA* sur les formes actuelles de perception. Cet état des lieux propose aux visiteurs de s'interroger sur les interactions entre le corps, l'espace et la machine, ainsi que de visiter un nouveau territoire : le numérique. A partir des notions d’interaction et de cartographie, il s’agira de montrer les relations que l’image, aujourd’hui connectée, entretient avec le monde.

Commenter cet article

Anaïs 24/10/2016 09:04

Mais je t'en prie Marc :D

veyrat 18/10/2016 04:52

https://fr.pinterest.com/marcveyrat1/fff-original-certifications/

veyrat 18/10/2016 04:50

EXTRA LIKE !+)

veyrat 18/10/2016 04:52

MERCI Anaïs